Pourquoi il ne faut pas recycler : comprendre le mythe du recyclage

Le meilleur déchet est celui qui n’existe pas, la plupart d’entre nous l’ont compris. Néanmoins soyons pragmatiques : il reste une certaine quantité de déchets que nous avons besoin de recycler, ne serait-ce que parce que la consigne généralisée des bouteilles en verre ou des cartons n’est pas encore réinstallée en France. Alors en attendant, comment recycler ? Quels en sont les pour et les contre ? Petit panorama de la question.

  1. Qu’est-ce que le recyclage ?
  2. Pourquoi il ne faut pas recycler ?

Qu’est-ce que le recyclage ?

Selon le code de l’environnement, le recyclage définit “toute opération de valorisation par laquelle les déchets, y compris les déchets organiques, sont retraités en substances, matières ou produits aux fins de leur fonction initiale ou à d’autres fins. Les opérations de valorisation énergétique des déchets, celles relatives à la conversion des déchets en combustible et les opérations de remblaiement ne peuvent pas être qualifiées d’opérations de recyclage”. En bref, le recyclage, c’est faire du neuf avec du vieux. Donc sur la papier ça semble plutôt du bon sens. Mais toutes les matières ne sont pas recyclables. Premièrement, le recyclage n’est possible que matière par matière. Isolées. Séparées. Identifiées. Donc tout ce qui est multi-matériaux non séparables (sachets de sucrette avec fine couche de plastique thermocollée au papier par exemple) ou textiles/meubles (non démontables, présence de produits chimiques dangereux…) ne pourront pas se recycler. Certaines innovations permettent de séparer les matières mais cela n’est fait que sur des matières à très forte valeur marchande intrinsèque, comme par exemple l’or. La majorité des déchets ne valent pas le prix de l’effort qu’il faut faire pour les collecter, et, sans obligation réglementaire ou volonté de leur propriétaire de les trier, ces derniers n’ont aucune chance d’être recyclés.

Le recyclage concerne :

  • les matières organiques : comme l’eau et les biodéchets (restes de cuisine par exemple) via les stations d’épuration, la fermentation et le compostage.
  • les matières usuelles inertes : comme le verre, les métaux, le papier…

Les déchets usuels non-inertes comme les huiles, les peintures ou les déchets industriels toxiques sont peu ou pas recyclés mais “valorisés” énergétiquement, ce qui est un euphémisme pour parler d’incinération.

Il existe trois grandes familles de techniques de recyclage :

  • Le recyclage dit « chimique » utilise une réaction chimique pour traiter les déchets, par exemple pour séparer certains composants.
  • Le recyclage dit « mécanique » est la transformation des déchets à l’aide d’une machine, par exemple pour broyer ou pour séparer par courants de Foucault.
  • Le recyclage dit « organique » consiste, après compostage ou fermentation, à produire des engrais ou du carburant tel que le biogaz.

Pourquoi il ne faut pas recycler ?

Alors pourquoi éviter le recyclage ? Et bien principalement pour ce que cela induit dans nos esprits : une déresponsabilisation du fait de la croyance du réusage de la matière. “Recycler” nous donne l’impression d’un cycle vertueux. “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme” comme disait Lavoisier. 

En réalité, il y a presque toujours une déperdition de matière dans le processus, et dans 100% des cas un gâchis de ressources, ne serait-ce qu’énergétiques. 

En effet, les 3 étapes d’un recyclage sont la collecte des déchets, la transformation, puis le stockage et la recommercialisation. A l’échelle d’une société, chacune de ces étapes nécessitent d’énormes infrastructures, des véhicules, des énergies, des machines, de l’artificialisation… Sans compter la contamination des eaux, des sols et de l’air accompagnant chacune de ses étapes, et principalement celle de la transformation. Les conditions sanitaires et humaines des usines de tri et de recyclage sont rarement exemplaires.

Alors au lieu de faire durer chaque matière extraite de notre planète et chaque produit ingénieusement imaginé, créé, assemblé, transporté, vendu… et bien on jette. 

99% des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de 42 jours (Walter Stahel, directeur de l’Institut de la durée, Genève, cité dans Interdépendances, n°62, juillet 2006). En triant, on a l’impression de faire un bon geste, que cela n’a pas tant d’impact, puisque “cela va être recyclé”, ou “valorisé”. C’est faux. C’est un moindre mal par rapport à jeter dans la nature ou incinérer, et bien sûr qu’il vaut mieux des produits recyclables que non-recyclables, mais cela reste un échec. Parfois c’est même plus générateur de CO2 de recycler un objet que de le produire ! Il faudra toujours extraire plus de ressources, et le déchet recyclé une, deux ou trois fois deviendra in fine un déchet une fois sa matière trop “lessivée”. 

Peu de matériaux sont recyclables à l’infini : 

    • Moins de 2% des plastiques recyclés le sont plus d’une fois. Et quand bien même de nouveaux types de plastique sont dits “recyclables 7 fois”, cela reste un potentiel, pas une réalité. Il faudrait qu’ils puissent être collectés à part, transportés, recyclés à part, pour garantir la durabilité de matière. Ce qui, dans les faits, et en plus avec nos règles économiques, est impossible.
    • Le verre est virtuellement recyclable à l’infini, mais pas le verre coloré.
    • Le papier est recyclable jusqu’à 7 fois.
    • Dans un papier dit «recyclé », ce n’est jamais du 100% recyclé, il y a toujours un ajout de nouvelle pulpe papier. Un pictogramme est censé être présent pour indiquer le pourcentage recyclé dans le produit final.

Par exemple en France, une étude de l’INRA démontre que “seulement 14 % en moyenne des plastiques usagés sont collectés pour être recyclés. Sur ces 14 %, 4 % sont perdus au cours du processus de recyclage et rejoignent donc le rang des déchets dispersés. 8 % sont recyclés en circuit ouvert, c’est-à-dire pour des applications différentes – par exemple, pour faire un pull qui une fois usé ne sera plus recyclable. Les fibres du pull usagé étant chargées de nombreux additifs, colorants, contaminants, etc., la dégradation du polymère les rend en effet impropres pour un recyclage visant un usage similaire. Il faudrait plutôt parler de décyclage plutôt que de recyclage. Il faut donc se rendre à l’évidence : moins de 2 % des plastiques usagés sont recyclés idéalement en circuit fermé, c’est-à-dire récupérés pour produire un matériau utilisable comme un plastique neuf et indiscernable de ce dernier. Recycler en circuit fermé signifie collecter, trier, décontaminer et repolymériser un plastique qui se dégrade au cours du procédé de recyclage… Comme pour les plastiques dits “bio-sourcés” ou soi-disant “biodégradables”. Nathalie Gontard, chercheuse à l’INRA spécialisée sur les bioplastiques, qui a conseillé Edeni pour nos formations, nous rappellent qu’aucun plastique n’est vraiment recyclable. C’est une arnaque. Les chiffres donnés dans les médias sont au mieux mal expliqués, au pire mentent directement (Quand ils disent que 60% des cannettes en France sont recyclés par exemple, alors que c’est à peine 20%). 

Exception faite des matières organiques bien sûr (eau et biodéchets), qui sont naturellement bien gérés et qu’on devrait systématiquement traités à part pour que leur cycle de régénération puisse avoir lieu correctement et à l’infini. Sans ça, on se retrouve à brûler des légumes (à 80% composés d’eau) dans des incinérateurs…

D’ailleurs, pour tous les produits qui n’ont pas pu être recyclés :

  • Soit ils sont envoyés à l’incinérateur, qui va les brûler et en récupérer un peu d’énergie. 30% de ce qui est brûlé restent à l’état solide sous forme de sous-produits extrêmement polluants appelés mâchefers et souvent utilisés dans la construction de routes.  L’énergie qu’on récupère ne vaut pas toutes les ressources utiles pour faire le produit, ni la contamination des sols et des airs que le processus engendre.
  • Soit ils sont envoyés en décharge, qui dégage du méthane, gaz 21 fois plus polluant et contributeur à l’effet de serre que le CO2.

Ce qui sont des solutions encore moins satisfaisantes. Alors comment bien faire le tri et s’assurer d’un maximum de recyclage dans ce qu’on n’a vraiment pas pu sauvegarder ? Les consignes de tri, les logos à comprendre…

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