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Les nouvelles îles au trésor.

Par 31 juillet 2017septembre 6th, 2017Ecologie, ZeroWaste

Comment l’optimisation de notre consommation peut-elle participer à la métamorphose de l’économie ?

I/ Introduction

La crise des subprimes de 2007, la faillite de l’Argentine, de la Grèce, le renflouement des grandes banques, les plans sociaux, l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, les révélations de l’esclavage des travailleurs d’Asie du sud-Est pour la coupe du monde de football au Qatar, le réchauffement climatique, la pollution atmosphérique, les suicides des paysans indiens…

Mais aussi: l’émergence des réseaux sociaux, du micro-crédit, les avancées médicales, l’avancée de la protection animale, les printemps arabes, les lois de protection de l’environnement, les start-ups sociales, l’économie disruptive qui rebat les cartes, le big data,  les social media managers…

Je n’ai jamais été fan des listes à la Prévert qui énumèrent sans détailler ni expliciter, mais elles ont le mérite d’introduire le sujet, aussi pauvre le contexte soit-il. Elles économisent de longues pages inutiles pour les initiés de ce thème déjà débattu: l’économie n’est pas en révolution mais elle est en métamorphose.

Le but de cet article n’est pas d’apporter une expertise mais un regard, une idée personnelle et pourtant répandue, sur une nouvelle île aux trésors, ses récifs, et d’initier la construction du navire qui l’atteindra.

L’île aux trésors est un concept qui a été développé par Pascal Faucon, professeur d’économie et consultant en marketing digital. L’île au trésor peut être :

  • Une idée de business.
  • La création d’une société à l’étranger.
  • Une fusion-acquisition.
  • Le développement d’une technologie nouvelle.
  • Le déploiement d’une nouvelle solution.

Pour moi elle doit en plus répondre à un réel besoin sociétal, et pour durer, elle doit être en accord avec les principes de base du développement durable: « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Les récifs, enfin,  sont l’ensemble des obstacles à venir qui s’opposent à la réalisation de ce projet d’entreprise. Il est critique d’en avoir une bonne vision pour pouvoir les anticiper et éviter le naufrage.

II/ Réflexions sur notre adaptation à la métamorphose de l’économie

L’économie mondiale, après la mondialisation, nous a isolé, nous a virtualisé. La métamorphose actuelle favorise les idées business qui nous reconnectent. Pas un jour ne passe sans que de nouvelles start-up émergent avec un business model qui bouscule les règles établies. Parmi toutes les potentielles îles au trésor que je détecte, des technologies numériques (ex: Parrot, snapchat, big data, objets connectés…) aux nouveaux hybrides de la société collaborative (ex: Uber, Airbnb, tourisme alternatif…); il y en a une sur laquelle je vais me focaliser aujourd’hui (je garde les tech et réseaux numériques pour un autre article): le consommer moins mais mieux, sans emballage. A la manière de Twitter, les hashtags associés seraient: #recyclage #réduction des déchets #lutte contre l’obésité #apprentissage #DIY #circuits locaux #design #minimaliste #plus sain #consigne

Il me semble en effet que les nouvelles iles aux trésors doivent aujourd’hui participer de près ou de loin à la résolution de l’équation :

Si nous détaillons désormais un peu plus l’équation : equation resources

1) Au numérateur nous avons des ressources disponibles diminuant :

fossiles (cf. Richard Heinberg’s Peak everything) et vivantes (Plus de 40% des espèces vivantes pourraient avoir disparues d’ici 2050) avec une capacité d’en disposer (en cause climat et territoire) qui fluctuent  avec le temps et les pouvoirs personnels

2) Au dénominateur, nous retrouvons la population mondiale augmentant (nous devrions être 9,6 milliards en 2050)

3) Suivant la proportion des évolutions précédentes, nous serons plus à se partager moins. Mais en réalité le résultat de l’équation est surtout l’augmentation de la divergence des inégalités. Federico Cingano, économiste à la Banque d’Italie détaché à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a étudié que dans les pays de l’OCDE, le revenu des 10% les plus riches est de 9,5 fois celui des 10% les plus pauvres. Ce coefficient n’était que de 7 dans les années 1980.

Il faut  utiliser les ressources de manière plus raisonnée et efficace, comme dans un vaisseau spatial, plutôt que comme les cow-boys sur un espace que l’on pensait avant illimité. Chaque chose doit être utile (je referme très vite cette parenthèse, mais l’art et la culture fait évidemment partie des besoins essentiels de l’humanité). C’est la métamorphose à accompagner (initier) pour trouver les nouvelles îles au trésor.

Et soyons ambitieux ! Trouvons une île la plus intéressante possible, la plus proche de ces enjeux !

III/ Une île au trésor possible: du bon et beau pour consommer moins et mieux

Quelques chiffres…

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée le 5 juin dernier, les Nations Unies ont rappelé que, selon les estimations, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année, alors que 870 millions de personnes restent sous-alimentées.

Plus de 30% de la nourriture produite au niveau mondial est finalement jetée.

Le volume total d’eau utilisé chaque année pour produire de la nourriture perdue ou gaspillée (250 km3) équivaut au débit annuel du fleuve Volga (Russie), ou trois fois le volume du Lac Léman.

1,4 milliard d’hectares de terres – soit 28 pour cent des superficies agricoles du monde – servent annuellement à produire de la nourriture perdue ou gaspillée.

Un tiers de nos déchets ménagers sont des emballages jetables.

A ces chiffres éloquents il faut savoir prendre en compte les nouvelles demandes des générations connectées Y et Z, âgées actuellement de 15-35 ans et qui seront les générations dominantes de 2025. Élevées avec les réseaux sociaux, elles brouillent les codes habituels : pas totalement bio dans le sens classique du terme, fan de technologies connectées, mais friandes de naturalité « raw » (brute) et de DIY (Do It Yourself), elles sont aussi et surtout à la recherche d’une quête intérieure du bonheur et d’un idéal de simplicité qui vont bien au-delà de la seule consommation de produits bio de qualité. Elles sont à l’origine de nouvelles demandes : liens sociaux renforcés, hyper proximité, consommation dite collaborative, dialogue, communautés, participation active, le tout saupoudré de technologies connectées, de relations physiques, et de design intérieur privilégiant les contenants vintage ou design réassignables et détournables à l’envi (home staging…).

J’en ai déduis une île au trésor intéressante: favoriser l’émergence d’une véritable alternative de consommation sans emballages autour d’un concept de partage simple et d’optimisation de notre consommation. Une sorte de lean management adaptée à notre alimentation.

Plusieurs îlots de cet archipel ont déjà été découverts par des capitaines aventuriers, expérimentant la vente de vin au litre, par bouteilles consignées, ou des épiceries en vrac, mais dont la clientèle et la dispersion reste confidentielle. Les îles principales restent encore à atteindre.

1- Il s’agit  de convaincre les producteurs d’adapter une partie (même anecdotique dans un premier temps) de leur production à la vente en vrac. Cela implique une logistique singulière et des circuits de vente plus courts. Les contenants ne peuvent dans certains cas pas être totalement éradiqués, mais ils peuvent dans la plupart des cas être largement optimisés et diminués. Par exemple, s’il est irréaliste d’envisager à moyen terme des camion-citerne transportant du shampoing qui rechargerait à la pompe tous les barils des commerçants de proximité, il est en revanche tout à fait possible de créer des contenants plus grands pour du mobilier de vrac liquide. Ces recharges de plusieurs litres pourraient comporter une ouverture sur laquelle le commerçant fixerait un bec verseur à ouverture automatique quand un récipient y exercerait une pression. D’autres producteurs devraient accepter la livraison en cageots réutilisables plutôt qu’emballages plastiques individuels. La production d’emballage est extrêmement gourmande en énergie et ressources non renouvelables et polluantes. Les emballages devenus déchets, qu’ils soient incinérés ou enfouis, sont encore sources de pollution des eaux, des sols et de l’air.

2- Le consommateur y gagne autant en économie directe (produits moins cher car sans le coût de l’emballage de 20% en moyenne et avec des circuits plus courts) qu’induite (consommer la juste quantité mais non pas acheter par lot davantage que nécessaire, manger mieux et moins, rester en bonne santé, et réduire le coût des impôts dédié au traitement des déchets d’emballage). Mais il doit accepter en échange un choix plus local et donc plus restreint (moins de produits différents, des produits de saison) et de faire ses courses de manière plus réfléchie (en apportant ses propres contenants ou en ramenant ceux consignés).

3-  Il faut réussir à joindre l’esthétique à l’éthique. Le beau est universel et touche tout le monde, ce qui devrait être le cas du bio. Le bon (produits bio, locaux, de saison, de qualité, par des producteurs engagés et respectueux) doit rejoindre le beau (design minimaliste, transparence, jeu de couleurs et de texture naturels, recyclage design, expérience utilisateur, praticité…).  Les consommateurs veulent des intérieurs soignés, épurés, joyeux et surtout personnalisés et connectés. Avec des bouteilles en verre de différentes formes et couleurs, ils peuvent mettre en scène leurs consommables (boite à riz, bouteille de savon, caisse à chocolat…) de manière éthique et esthétique. Le digitalisé ne doit pas être oublié dans l’expérience consommateur à l’intérieur de son épicerie, et en ligne.

4- Revenir aux fondamentaux du DIY, fuir l’obscurantisme des inventions chimiques inutiles qui se multiplient et redonner le pouvoir aux gens de simplifier leurs vies pour revenir à l’essentiel. Par exemple, plutôt que de chercher 10 bouteilles plastiques pour 10 usages similaires: un débouche évier, un entretien de canalisation, un nettoyant de cuvettes WC, un nettoyant de sol, un nettoyant de table, un nettoyant de bijoux … il est possible d’avoir deux poudres naturelles (bicarbonate de soude et savon de Marseille par exemple) et de les compléter d’un peu de citron ou de vinaigre blanc pour remplacer toutes ces options toxiques. Je suis très peu hippie mais çà c’est quelque chose de si simple, économique et sain à adopter! Le modèle est réplicable à l’envie, pour apprendre à faire son masque de visage ou son bain de pieds.

5- Le consom’acteur attend bien plus de ses nouveaux lieux locaux qu’un simple magasin, surtout à l’heure des commandes internet qui lui rende le déplacement non obligatoire. Plus qu’un magasin, l’île aux trésors s’intègre dans les third place, des « tiers-lieux » communautaires, entre maison et travail. Les « clients », perçus désormais comme des individus à la recherche d’eux-mêmes y partagent les mêmes valeurs, peuvent se promener, travailler, sympathiser avec les habitants du quartier, participer à la vie du magasin, apprendre et bénéficier d’un véritable accompagnement personnel, faisant ainsi bien plus que des courses. Le vendeur est en même temps à l’écoute et prodigueur de conseil. L’acheteur note quant à lui les produits, suggère des améliorations, le partage en ligne avec la communauté et peut éventuellement préparer ses propres réalisations en groupe dans un atelier ou fablab attenant.

IV/ Les récifs

 

Les récifs sont nombreux et dangereux, il faut un capitaine compétent et courageux pour naviguer entre et tenir le cap initial. Top 11 :

1 – La logistique: producteurs non équipés pour fournir en vrac, transports en sur-mesure, règles sanitaires… le monde du vrac n’a pas encore établi de standard. Par exemple, selon certains produits, une palette peut parfois contenir moins de d’éléments  s’ils sont en vrac que s’ils étaient emballés. Il faudrait donc perfectionner les méthodes de transport pour réduire davantage les impacts environnementaux de cette pratique de consommation.

2 – Les méthodes de production: il faut pousser la logique plus loin que le simple suremballage: les enjeux agricoles sont liés (cf. l’équation ci-dessus). Le but est d’être cohérent avec son discours.

3 – Les investissements: mobiliers en vrac, véhicules et stockage particuliers, contenants innovants et respectueux de l’environnement… De plus, comment adapter les balances au poids de chaque contenant? Exemple pour un distributeur automatique d’un liquide alimentaire en vrac: il pourrait comporter une ou plusieurs unités groupées dans un meuble. Chaque unité comporterait un doseur volumétrique relié a un réservoir de stockage du liquide en vrac, et à un bec verseur à travers une électrovanne. Un évier muni d’une platine destinée à recevoir un récipient serait disposé sous chaque bec verseur. Un bouton poussoir commanderait l’ouverture de l’électrovanne lorsque plusieurs conditions seraient remplies pour éviter du gâchis par erreur de manipulation ou vandalisme. Une imprimante délivrerait un ticket comportant le volume du doseur et le prix qui sont inscrits dans une mémoire morte. Le ticket serait imprimé à l’encre pâle sur du papier recyclé, ou idéalement dématérialisé sur une application.

4 – Les habitudes de consommation: l’attrait des marques, des collections, de l’éphémère.

5 – La diminution du choix: qui pourtant permet de se libérer pour se focaliser sur l’essentiel et ne pas louper les choses importantes. cf. Barack Obama et ses deux uniques costumes, le minimalisme personnel nécessaire d’un entrepreneur pour que la créativité se focalise sur le professionnel…

6 – La réglementation: pour le moment pensée pour le préemballé (exemple, obligation de diplômés en biotechnologies pour vendre des cosmétiques à rincer en vrac comme le dentifrice ou shampoing…).

7 – L’hygiène: respecter les dates de péremption de manière honnête et civique, mettre des gants en remplissant les distributeurs, nettoyer les cuves, avoir des systèmes de pesée innovants, des systèmes de conservation protégeant de la lumière et de l’oxygène…

8 – Compenser la perte des informations apportées par les emballages: recettes, les modes de consommation, temps de cuissons… C’est alors au vendeur de bien connaître ses produits et d’apporter ces informations.

9 – Business viable: il a été constaté chez certaines marques que le vrac n’est pas toujours un moyen de produire de manière économique (économie d’échelle réduite et système de production en vrac spécifique qui requière une main-d’œuvre supplémentaire). Elles réduisent alors leurs marges afin de proposer des prix réduits, le client s’attendant à avoir un produit moins cher.

10 – Réorganisation interne des magasins traditionnels: proposer des produits en vrac nécessite donc une profonde réorganisation interne : aménagement de l’espace, entretien du matériel, remplissage des bacs, stockages des produits, formation des employés, informations aux clients, pesée des produits… Ces magasins inexpérimentés ont  besoin de conseils pour une mise en place pérenne de ce mode de consommation.

11 – La mise en réseau, les franchises: cap sans doute nécessaire pour augmenter les bénéfices sans augmenter les marges, et profiter des économies d’échelles sur une première installation compliquée (trouver les fournisseurs de contenants réutilisables, former les vendeurs-coach, trouver et fidéliser les producteurs…) mais tout en gardant l’esprit d’unicité propre à une ville/un quartier et à ses producteurs locaux.

V/ Conclusion

J’ai commencé ici par une île aux trésors assez ambitieuse qui permettrait d’être acteur du changement et d’anticiper à moyen-long terme un des grands enjeux de nos sociétés. Cette île est même reliée à un continent du lean management étendue à nos habitudes de consommation, non seulement alimentaires, mais aussi de vêtements, d’optimisation des intérieurs, des édifices, des villes de demain, plus saines, moins énergivores et plus connectées.

En parlant de connecter, l’aspect tech de ces îles est un thème récurrent et plus que jamais présent dans la métamorphose actuelle de l’économie.  Non seulement pour découvrir de nouveaux business model et services, mais aussi pour les développer. L’Amérique latine par exemple, est pour le moment délaissée des développeurs par rapport au bouillonnement des autres continents… Population éduquée, croissances instables mais présentes: de nombreuses belles opportunités et investissements y sont encore à saisir… ce sera sans doute l’occasion d’un prochain article.

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